Le robot qui rêvait – Isaac Asimov

Isaac Asimov fait parti des PPO dans mon imaginaire de lecteur, cad des Points de Passage Obligé. S’intéresser de près ou de loin à la SF, sans avoir lu ce genre de bonhomme, c’est un peu comme apprécier la bière, sans savoir que la Belgique existe ; en un mot, c’est un non-sens.

Premier point : Asimov n’est pas né d’hier. Pour ceux qui l’ignoreraient, je vous renvoie à sa biographie wikipédiesque, qui, avec un peu de chance, n’a pas été pourrie par un professeur du second degré.
là : http://fr.wikipedia.org/wiki/Isaac_Asimov

Ensuite, ce livre n’est pas un livre : c’est un recueil de nouvelles qui se suivent, se déroulant toutes à peu près dans le même monde, le notre, mais pas forcément à la même époque, et ne décrivant pas le même futur.

Enfin, au début, l’auteur a pris soin de rédiger une sorte d’introduction dans laquelle il nous explique sa passion pour les sciences, et il s’excuse par avance de ne pas avoir pu modifier ces nouvelles en fonction des découvertes scientifiques, rendant certaines, pour le coup, fantaisistes. Comme il est mort, on comprend bien qu’il ne les modifie plus. Mais lorsqu’il était vivant, ce soucis d’être vraisemblable, et si près des sciences, est à la fois source de respect et d’inquiétude (pourquoi est-ce aussi important  pour vous monsieur Asimov ? PARCE QUEEEEEEE !).

Résumé : « Bienvenue dans le futur, ou plutôt dans une multitude de futurs ! Où un savant découvre un jour l’anti-gravité, où un autre pose au plus puissant des ordinateurs une question sans réponse, où un extraterrestre vient révéler à l’humanité une vérité qu’elle n’est pas prête à entendre… Autant d’événements susceptibles de bouleverser l’évolution de notre civilisation humaine, autant de possibilités de voir des intelligences artificielles ou extraterrestres créer un avenir différent… Car rien n’est fixé d’avance ; l’homme, dit-on, est maître de sa destinée. Mais peut-être sommes-nous au contraire les jouets de forces qui nous dépassent, nous voient comme sujets d’expérience, ou, pire encore, ne se soucient pas de nous… « 

Pour une fois, c’est brouillon et un poil confus. C’est que c’est compliqué de résumer un recueil, aussi, je ne m’y risquerai pas. Je m’attarderai sur ce que j’ai retiré de cet amas.

1. Du style :
Ce papi sait comment écrire : pas de fioriture, pas de phrase qui dépasse, vous attaquez la première ligne et zou, vous embrayez sans vous en rendre compte. Comme disent mes amis motards, vous le lisez comme sur un rail… de sécurité.

2. Du rythme :
Ce style est au service du rythme de ces histoires : il sait ralentir pour augmenter la tension, passer vite sur des moments plus anecdotiques, il sait aussi nous surprendre avec des rebondissements intéressants. Tout ça est très maitrisé. Mais ça ne serait rien sans un contenu vraiment riche :

3. Du contenu :
Il arrive à insuffler dans ces textes de la curiosité, des connaissances, de la réflexion, tant et si bien qu’on a l’impression de tout comprendre, et d’en sortir plus intelligent. Et ça, de nos jours, c’est rare (dans la bit-litt vampiresque, il est plutôt question de « je te suce », « je te suce pas »).

4. Quant aux nouvelles maintenant :
Elles vont de l’incroyable révolution des voitures, vraiment bien pensé, à la ludique « les extra-terrestres nous testent avec des blagues », à des histoires moins passionnantes, comme l’enfant néandertalien, voire juste bizarre (la fameuse où l’on pose une question impossible à l’ordinateur). Après, c’est plus une question de goût.

On en ressort changé quand même.

Faut-il le lire ?

A tout le monde je crierai une formidable OUI !
Pour les auteurs, attachés vous à voir combien il ne met en avant que les éléments indispensables et combien il arrive à introduire ces connaissances, sans nous lobotomiser.

Pour les lecteurs, contentez-vous de savourez.

Après une telle lecture, je suis certain de retenter cet auteur pour des œuvres plus massives (allez, un cycle !).

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Où écrire ou quelle stratégie géographique utiliser ?

On imagine que l’auteur muni d’un clavier, avec un écran, ou d’un stylo, avec du papier, peut travailler où bon lui semble. Pour preuve : beaucoup d’auteurs possèdent un vrai travail, ils écrivent donc durant la pause du midi à leur bureau, sur leur chantier ou dans une salle de sport qui leur sert d’excuse (j’écris pas chef, je m’entretiens !).
Comme nous l’avons vu dans un article précédent, si un écrivain se doit choisir l’heure à laquelle écrire, il doit également sélectionner le lieu. Ça peut paraître anodin, mais l’endroit à de l’importance : on ne s’immerge pas, on ne se concentre pas, on n’écrit pas de la même manière chez soit que dans un backdoor d’une sombre boite gay.

Commençons ce tour d’horizon par l’antre de l’auteur, et poursuivons par éloignement.

1/ Chez soi.

L’auteur n’est pas riche. Il possède donc un studio. Ou le loue. Ce qui l’arrange, il faut bien le reconnaitre : lorsqu’il allume son pc, accomplissant un tour d’horizon pour chercher le meilleur endroit, la question est vite pliée. Sur le lit ? Non, il n’est pas fait et aucune position ne serait commode. Dans la cuisine US ? Non, il reste de la vaisselle sale. Sur le canapé ? face à la télé, ça craint. A coté de la fenêtre ? Trop tentant de tourner la tête pour contempler les passants qui passent (aussi appelé syndrome de « diversion »).
Non, la vraie place, l’unique endroit est le bureau / table de cuisine / table de ping pong. Là, vous pourrez étaler vos brouillons, dessiner des croquis, préciser vos feuilles de personnages et, surtout, ne pas être distrait par un quelconque être vivant, quel qu’il soit. Attention : si un être mort frappe à la fenêtre, c’est une invasion de zombies ; là, il faudra réagir !
Ps : je n’ai pas parlé des toilettes car ce n’est pas une pièce où il faut écrire : l’assise est mauvaise et procure des hémorroïdes, c’est souvent mal ventilé et l’humidité pourrait abimer votre outils de travail. Enfin, les batteries de l’ordinateur vous cuiraient les cuisses et les… parties au dessus des cuisses…
« Et si j’ai plusieurs pièces ? » me direz-vous. C’est que vous n’êtes pas chez vous ! Ça ne compte donc pas.

2/ Pas chez soi.

Pas chez soi, c’est partout et nul part en même temps. Passons en revue les différents endroits possibles.

1) Les lieux ouverts :

comme les parcs, les forêts, les parcs d’attraction ne sont pas non plus idéaux. Le syndrome « diversion » sera tel que vous ne comprendrez pas la moindre ligne que vous taperez. Dans la rue peut-être ? Niet ! Trop de passage. Évitez. Il faut un lieu fermé ! Et avec personne dedans ! Même morte !

2) Les lieux semi-ouverts :

comme une cage d’escalier. C’est l’endroit préféré des m’as-tu-vu. Ça peut être intéressant si vous avez un livre à vendre (vous voyez que chui bien écrivain !), mais c’est assez contreproductif : un auteur a besoin de calme, de sérénité. La grand-mère qui sort son chien, le facteur, les jeunes qui s’entassent sont autant de distraction qu’il faut éviter. Vous pouvez toutefois les chasser, les abattre et les planquer dans les caves. Mais cette fois, c’est l’odeur qui vous indisposera. De plus, travailler dans un escalier n’est pas aisé. Pour y arriver, il vous faudrait suivre trois ans de cours de Yoga.

3) Les lieux publics fermés :

Une bibliothèque est un bon exemple : on espère y être au calme, pouvoir bosser tranquille, au milieu d’étudiantes de lettres… Mais ne vous y trompez pas, ce n’est pas un lieu calme ! Bien au contraire ! Les jeunes pouffent, font des photocopies, se bécotent, chuchotent… C’est vrai quoi, ils sont insupportables ces jeunes ! Et le pire, c’est qu’une fois qu’ils ont compris que vous êtes là pour écrire, ils vous épient. Et là, ça devient juste impossible de se concentrer.
Il aussi est possible de travailler dans des lieux de restauration : pub, bistrot, restaurant, cantine, cafet. De manière générale, privilégiez les débits de boisson. Ils ont l’avantage de vous offrir une table durant un temps illimité, et de vous permettre de vous désaltérer. Les lieux où l’on mange sont moins propices : le serveur, ou les prochains clients, sont pressés de vous mettre dehors. La tension nuit à la création. Ne l’oubliez jamais.

4) Les lieux privés fermés :

appelé aussi le joker : « appel à un ami ». Quelqu’un que vous connaissez, et que vous n’avez pas fait fuir à force de relecture ou d’explications brumeuses censées expliquer votre manuscrit, peut vous prêter une pièce. Ça peut être un cave, surtout chez les Belges, des combles, aménagées ou pas, une terrasse, une mezzanine, une véranda, une pièce qui lui sert de débarras. Il vous laissera tranquille le temps de démarrer vote pc, puis il vous parlera de sa copine / femme, de ses enfants / chats, vous proposera des bières, des pizzas, de mater un film, de jouer aux jeux vidéos, en un mot de vous occuper, puisque vous glandez derrière un pc. Et comme vous serez chez lui, vous ne lui crierez pas que « NON, JE NE GLANDE PAS, J’ECRIS, BORDEL DE MERDE ! ». Vous vous laisserez entrainer, et votre manuscrit mourra. Fuyez : un ami est quelqu’un qui vous veut du mal.
Certains diront : LE BUREAU ! Oui, vous écrivez le midi, vous rêvez de devenir un véritable auteur, vous poussez vos cahiers, vos mails, vos dossiers et derrière votre Word, vous voilà prêt à conquérir la planète littéraire. Bon, ok. Mais êtes-vous vraiment serein ? Ne voyez-vous pas secrétaire vous faire les yeux doux, derrière son 95E ; vos collègues ne vous ont-ils pas invité au resto ? Et si vous avez refusé, combien de temps avant qu’ils vous accusent d’être un solitaire, un autiste, un mec bon à virer ? Et vous même, vous mangez pendant que vous tapez au clavier ? Brillante manière de vous concentrer ! Il va être beau le manuscrit avec des morceaux de pizza, des éclaboussures de coca. Si vous écrivez au bureau, ne le faites que durant un temps très limité, pas plus d’une heure, quitte à n’accoucher que d’une page ; ne vous faites pas licencier ; le chômage c’est mal.
Il est aussi possible d’utiliser un squat. Attention toutefois, certains squats sont des lieux fermés privés ouvert à un certain public (comme des sdf, ou des drogués).

En conclusion, un auteur doit bien faire attention à l’endroit où il va écrire, car de cet endroit va dépendre sa concentration et de sa concentration va dépendre la qualité de ce qu’il va écrire (on pourrait presque dire : « dis moi où tu bosse, je te dirai ce que tu écris »). Si vous n’avez qu’un temps limité pour écrire, que vous ne pouvez pas vous permettre de jeter les 3/4 de votre production, privilégiez les endroits propices au recueillement ; depuis quelques temps, j’écris depuis un monastère, et j’ai une patate ! Incroyable !

Et vous, où écrivez-vous ?

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Alice au pays des merveilles – Lewis Carroll

Tout le monde connait de près ou de loin Alice au pays des merveilles. Mais qui peut se vanter de l’avoir lu ? Hein ? Ha ha ! Vous faites moins les malins là ! Et bien moi non plus. J’ai pourtant essayé. Mais je n’ai pas pu.

Pourquoi un tel échec critique à ma compétence lecture ?

Tout d’abord le ton enfantin. Sans reprendre un article récent qui invitait les adultes à ne JAMAIS lire des livres jeunesse, je dois bien avouer que ce genre de ton ne me convient pas. Je tremble. Je bave. Au fur et à mesure, je pleure du sang. Puis viennent les convulsions. Et la rage de berserker qui me fait dévorer le livre.

Je me suis arrêté dès les premières gouttes de sang.

De quoi ça parle : « Assise au bord de la rivière, Alice s’ennuyait un peu quand soudain, venu de nulle part, surgit un lapin blanc pressé de regagner son terrier. N’hésitant pas à le suivre, Alice pénètre dans un monde de prodiges et de menaces qui n’est autre que le royaume de l’enfance. Et voici le chat de Cheshire à l’étrange sourire, la terrible Reine de cœur, le Chapelier fou et le Lièvre de Mars, la Fausse Tortue et le Valet-Poisson… »

Le résumé précise : « Par un jour d’été 1862, sur les berges de la Tamise, un jeune professeur d’Oxford, poète et mathématicien, improvise un conte pour distraire les trois fillettes d’un de ses amis. Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, est en train d’improviser « Alice au pays des merveilles ». »

De là quelques questions ; enfin une surtout : « qu’avait-il bien pu fumer ? »

En vérité, pas grand chose, la clef de lecture de ce livre est, parait-il, que ce conte reprend nombre de contes classiques, à la mode au fin du XIXe, contes qui servaient à éduquer les jeunes, pour les détourner ou les ridiculiser. On sent poindre le révolutionnaire là. Le rebelle.

C’est peut être vrai, sauf que ne possédant pas cette culture classique, toutes ces références me sont passées à coté. Du coup, je n’y a i vu qu’un imaginaire débridé, à la limite de l’héroïnomanie… Mais non, ce n’est pas Trainspotting chez les enfants.

Le ton vient également de son auditoire : une sale gamine dépressive, qui cherchait à se changer les idées, tandis qu’elle regardait l’eau sombre de la tamise, avec une furieuse envie de s’y jeter.

L’a-t-il sauvé? D’après la légende, il faut le croire.

Faut-il le lire ?

Sans le bagage culturel, et si vous êtes allergique à la littérature jeunesse, je vous le déconseille chaudement.

Si vous êtes un enfant, jetez-y un oeil.

Si vous un anglais de la fin du XIXe, foncez !

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Monstres invisibles – Chuck Palahniuk

Chuck Palahniuk fait parti des auteurs que l’on respecte pour… comment dire… sa capacité à nous toucher dans les entrailles (lisez Guts, vous pigerez). Il a un monde particulier, un style bien a lui, et une propension à nous emmenez là où on n’aimerait pas aller qui font de lui un auteur bien différent des autres. Alors oui, c’est encore un américain, oui, c’est un contemporain, oui, pour l’ignare du fond de la classe, c’est le mec qui a écrit Fight Club et oui, ce bouquin, je n’en avais jamais entendu parler.

Présentation de mon sponsors :

« Une histoire improbable (pour simplifier : la cavale et la vengeance d’une ex-mannequin défigurée et d’un travesti sous hormones) déroulée dans le désordre d’une chronologie éclatée, des digressions incongrues et un débit saccadé. Avec ce premier roman noir sous acide, violente charge contre l’Amérique bien pensante, Chuck Palahniuk s’est fait jeter des cailloux par tous les éditeurs qu’il a approchés. Et puis en 1999, il a écrit « Fight Club » et tout s’est arrangé… Un chef-d’œuvre du polar déjanté. « 

Au final, c’est ça. L’histoire est décousue, la narration aussi, et il faut se battre pour reconstruire l’histoire. L’histoire d’ailleurs, c’est un peu le point faible de ce livre : les rebondissements sont capillotractés,  pour un chauve, c’est dur à suivre ; le coup de « cet homme est une femme », « ce mort n’est pas mort », « ce chien est un chat », sonnent tout juste faux. Mais dans ce livre, ce n’est pas ce qui est important. Ce que le lecteur doit sentir : c’est le poids du puritanisme américain et le combien cette chape de bons sentiments et de biens pensées, peut faire péter les plombs.

On la sent très bien d’ailleurs : comme le personnage principal, on étouffe, on lutte, on essaie de comprendre, on se désintéresse, puis on revient. En vérité, c’est un livre avec lequel on se bat.

Est-ce intéressant ? Indéniablement. Mais il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Est-il facile à lire ? Vraiment pas. Il faut être un lecteur de niveau 5 au moins.

Est-ce dégueulasse ? Oui. Comme souvent avec cet auteur.

Faut-il le lire ?

Pour un auteur, c’est un plus indéniable : ça permet de comprendre combien on peut écrire… autre chose que de l’imaginaire. En fait, tout est possible. Mais attention : tout n’est pas éditable.
Pour un lecteur, pourquoi pas. Mais ayez le cœur bien accroché.

Ps : je vais bientôt m’acheter Fight Club. Par curiosité.

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Le rabaissement – Philip Roth

Philip est un auteur qui se demande ce que ça fait de vieillir, et à fortiori, de mourir. Je ne lui jette pas la pierre : ces questions sont fondamentales (encore que, il y en ait d’autres qui nécessitent réflexion, comme par exemple : pourquoi les jeunes sont toujours cons pour les vieux qui les jugent), en même temps, comme il est né en 1933, c’est un peu une question à l’ordre du jour pour lui (Bio : http://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Roth ).

Pour résumer, on a un vieux qui flippe de mourir, qui met en scène des personnages qui vont mourir, comme pour évacuer un peu de son angoisse. Le livre pourrait donc passer pour une auto-thérapie, si le papi n’était doué de talent.

De quoi ça parle, plus en détail : « Simon Axler est l’un des acteurs les plus connus et les plus brillants de sa génération : une gloire célébrée jusque dans les provinces reculées. Il a maintenant 65 ans, il a perdu son talent, son assurance, la magie qui, tel Prospero, dans La Tempête, le faisait vivre. Axler n’arrive plus à croire en ses rôles, en lui-même, en la vie qui s’en va. Il se regarde être un acteur, un mauvais acteur de surcroît. Ce sentiment d’extériorité le mène à la dépression ; sa femme le quitte, son public aussi, et son agent, un vieillard de 80 ans, ne peut plus rien pour lui, pas même le convaincre de retourner en scène. Obsédé par le suicide, Axler entre à l’hôpital psychiatrique, ce qui accroît son impression d’échec et d’humiliation.
Mais Axler va rencontrer – coup de théâtre – une jeune lesbienne, Pegee, qui pourrait être sa fille (il a été très proche de ses parents, acteurs eux aussi, mais acteurs ratés) ; elle va lui inspirer une passion érotique et, ainsi, le ramener à la vie, au sexe, le seul remède.
Cependant, loin d’avoir transformé Pegee comme il le croyait, loin d’avoir été son Pygmalion et de l’avoir comblée, Axler s’est nourri d’illusions, creusant ainsi son propre malheur. Car Pegee, l’amoureuse des femmes, reste surtout fidèle à un père possessif. »

Oui, c’est du résumé de compèt. C’est qu’ils ne sont pas feignants à la F – - – :)

Donc, un acteur perd son talent, il déprime, il veut se tuer, il espère, retombe, souffre encore plus, et se flingue. Oups, j’ai spoilé sans prévenir.

Pour autant, est-ce intéressant ? Malgré quelques longueurs, Philip nous dépeint des personnages avec une certaine justesse, avec une densité intéressante, qui fait qu’on se sent touché. Bon, on ne pleure pas non plus (pas plus qu’on est émoustillé par les passages hards – Philip devait bien se marrer quand il était jeune), mais on compatit. Et on se dit que Péguy, c’est quand même une empaffée de le traiter de cette manière.
L’histoire en elle-même est très simple. Les décors minimes. Ce qu’il y a au centre de ce livre, c’est une personne, une trajectoire, jusqu’à son point final.

Alors, faut-il le lire ?

Pour un auteur, oui. Philip est quand même un auteur reconnu, et il peut être intéressant de voir à quoi on pense avant de mourir, histoire de se préparer.

Pour un lecteur, ce ne sera pas la lecture du siècle. Mais si vous aimez les scènes gérontophiles, foncez !

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1984 – George Orwell

Il existe des PPO (points de passage obligé) ou des légendes littéraires, comprend des livres qui ont une légende qui les entoure, qui attisent la curiosité et nous pousse à les lire, alors que ça fait 150 ans qu’on en entend parler. 1984 fait parti de ce type de livre. C’est donc avec un profond respect, une intense jubilation et un immense appétit que je me suis jeté dessus (comme un zombie affamé en fait).

Reprenons doucement, de quoi ça parle ?

« Souriez, vous êtes filmés… Londres, 1984. Voici Winston Smith, employé au Ministère de la Vérité, chargé de réécrire l’histoire afin qu’elle s’accorde avec la version officielle. Voici les télécrans qui diffusent en permanence les messages de propagande et espionnent sans relâche chaque individu. Voici Julia, rencontrée lors des Deux Minutes de la Haine quotidiennes et obligatoires où l’on conspue le Traître Emmanuel Goldstein, qui aura maille à partir, comme Winston, avec la Police de la Pensée. Voici la novlangue qui dépouille le langage de ses inflexions subversives, qui le réduit à un rôle informatif. Et surtout, voici Big Brother, aujourd’hui passé au stade de figure mythique, symbole de la surveillance et de l’oppression totalitaire. 1984, une machine monstrueuse si habilement huilée, qui broie l’homme et les pensées, et que plus rien ne semble pouvoir enrayer. « 

Etrange résumé. Ce sentiment d’étrangeté est confirmé par la dernière phrase de mon sponsor non-officiel : « Nous n’en avons pas rêvé, Orwell l’a fait. Espérons qu’il sera le seul. « .

De là, question : pourquoi le résumé a-t-il une tronche aussi étrange ?

Bon, lisons le.

Bon, c’est lu.

Maintenant je comprends le résumé : ce livre est la mise en scène d’un contexte. Orwell a inventé une société totalitaire, une société espionnée, une société auto-surveillée, une société où où tout concourt à détruire l’esprit critique, et à faire de Big Brother, LA figure paternel par excellence.

Ce contexte est plutôt bien vu, plutôt bien construit et même effrayant dans sa mise en scène. Mais à partir de là, quelle place a-t-il réservé aux personnages et à l’intrigue… Roulement de tambours… Très peu ! (Trop peu dirait quelqu’un qui me ressemble :) ).

Résultat des courses : on a un personnage principal qui n’entre pas dans le moule… Mais pourquoi ? Dans un tel univers, il est impensable de ne pas appartenir à la logique dominante… Non ? Ensuite, ce personnage est un peu creux. Il fait semblant, se force, et bascule dans la résistance, suivant une intrigue invraisemblable (je suis vieux et moche, une jeunette gaulée comme une actrice porno me dit qu’elle aime, et sérieux, j’y crois trop… Je fonce annoncer à un membre du parti que je suis prêt à faire la révolution…). En un mot, on n’y croit pas vraiment.

En vérité, le livre n’est important que pour sa démonstration.

Note : j’ai particulièrement apprécié le passage où le personnage part à la recherche du passé, mais cette idée n’est pas exploitée, et c’est vraiment dommage.

Faut-il le lire ?

En tant qu’auteur, les PPO sont toujours intéressants. On peut y jeter un oeil, et comprendre qu’un monde extrêmement bien construit, ne doit pas empêcher de construire de bons personnages et une solide intrigue.

En tant que lecteur, ce libre pourrait vous lasser, pour les points faibles énoncés.

En tant que citoyen, je vous le recommande chaudement. Surtout en cette période d’élection présidentielle : vous vous méfierez plus des figures paternalistes, et comprendrez que oui, la liberté, c’est plus difficile à organiser, la responsabilité, c’est plus compliqué que l’autoritarisme, des pensées multiples, c’est bien moins gérable qu’une pensée unique, mais que l’humanité, c’est dans sa diversité qu’elle est la plus belle.

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Dix neuf secondes – Pierre Charras

Pierre Charras est un auteur que je ne connaissais pas. Comme je suis curieux, et que le livre est petit, je me suis jeté dessus avec un certain plaisir (j’apprécie moyen de me jeter sur un pavé écrit par un obscur inconnu… la peur de souffrir durant 800 pages sans doute).
Donc, Pierre Charras.
C’est ce gars là :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Charras

Très bien, ok, mais ça ne m’a pas dit grand chose.

Qu’en dis mon sponsor : « Sandrine et Gabrile se connaissent depuis vingt-cinq ans. Pour éviter l’usure irréparable de leur couple, ils imaginent ensemble un jeu. Ils se donneront rendez-vous dans la rame du RER de 17 h 43, nom de code ZEUS, à Nation. Sandrine décidera de descendre ou non de la porte arrière de la troisième voiture. »

Je précise de suite que non, vils tentatés, ce n’est pas un couple d’homosexuelles, Gabrile est un homme, juste le résumeur du site s’est planté (il s’agit de Gabriel).

Tout d’abord le fond. Pierre part de cette histoire de couple, puis il effectue un zoom arrière pour nous raconter quelques personnes voyageant dans le RER. C’est plus ou moins touchant, suivant la personne. En général, ses portraits sont réalistes, et ils incarnent bien une vie, une histoire, une personne.

Sur la forme, les chapitres nommés « Dix neuf secondes », « Dix huit secondes » etc donnent un rythme singulier, qui pousse le lecteur à accélérer la lecture. On est pressé d’atteindre le 0 ! On veut découvrir ce qui va se passer.

Alors, au début, on pense qu’à 0, le héros sera s’il est plaqué comme une daube, ou pas. Puis, comme l’auteur élargit sa narration avec les différents personnages, on se doute qu’il va se passer quelque chose. Avant le 0, on a comprit.Je ne raconte pas la suite… oh et puis si… remarque, non… quoique… mais si… mais non… A MERDE ! Pas de spoil ! Na !

Un livre prévisible donc. Pour autant, est-il jouissif ?

Pas vraiment. Les différents personnages, passent un peu trop vite sous les yeux du lecteur (sauf le couple). Comme on devine la chute, la surprise n’a pas lieu. Ensuite, le livre prend une direction douteuse un peu bizarre, à la fois facile et étonnante (comme un cheveux sur la soupe ?). Du coup, reste ses vies dépeintes, et le sentiment d’accélération provoqué par les titres des chapitres.

Faut-il le lire ?

Pour un auteur, préférez Beigbeder.

Pour un lecteur, je vous le recommande, uniquement si vous prenez le RER.

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Criminologie – Alain Bauer

Ce n’est pas tous les jours que se créée une chaire. Ce n’est pas tous les jours que le nouveau directeur discourt sur cette création. Et ce n’est pas tous les jours que l’on assiste à l’invention d’une science (ou sa naissance, c’est selon).

Les puristes diront : la criminologie existe déjà. Plusieurs personnalités travaillent dedans : des sociologues, des psychologues, des avocats, des historiens etc. Oui, mais pour autant, la matière n’a pas d’existence universitaire en tant que telle. Elle n’a pas ces spécialistes officiels. Elle n’est pas encore érigé en tant que science autonome, mais plus comme une sous-science, sous tutelle d’autres, à la croisée des chemins. Or, comme on le voit dans différent pays, la criminologie est bien une science, elle mérite donc sa place, sa définition, ses professeurs, ses enseignements, ses publications, et enfin, sa reconnaissance.

En substance, voici ce que démontre ce livre. Ou du moins, ce discours. Sans entrer dans les détails, je note que :

- cette démarche m’a touché dans le sens où elle m’a rappelé la naissance de la Sociologie ou, plus récemment, de l’Histoire des mentalités. J’aime voir bouillir les cafetières des universitaires, et s’étriper sur l’existence, ou non, d’une matière, est quand même un spectacle intellectuel digne de ce nom,

- la criminologie est une science qui a le vent en poupe, faute aux politiques sécuritaires et au besoin de protection des sociétés. De là, on analyse, on statistique, voire, on anticipe (oui oui, c’est fort, c’est comme le sirotsport, mais Bauer – pas Jack – promet que la criminologie permettra d’anticiper sur les tendances criminelles, ce qui n’est pas sans rappeler précrime…).

Donc, AMHA, entre science à la mode, et véritable outil d’analyse d’un objet scientifique particulier, la criminologie, en tant que science, est peut-être née durant ce discours. C’est l’ambition de Bauer ; c’est même sa revendication.

Nul doute que les prochaines élections lui donneront raison, ou tord.

Ps : le débat et la dénonciation faite sur l’apparition de cette chaire au Cnam, a même prouver que les détracteurs ne manquaient pas… J’adore quand les intellos se tapent sur le trognon. C’est tellement… intéressant.

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Un enfant de Dieu – Cormac McCarthy

Comme beaucoup, j’ai vu « La route ». Puis, comme un peu moins, j’ai lu « La route ». J’ai beaucoup aimé cet auteur, qui a le culot de ne pas mettre de tiret ni de guillemets devant ses dialogues. Alors, lorsque j’en ai eu l’occasion, je me suis dit, « Je vais en relire » (si vous suivez les articles, vous savez que j’aime me parler à moi même:).

Premier contact, une couverture… digne d’un Stephen King. L’ambiance est posée, j’aurai affaire à au moins un dingue. Puis le titre. « Un enfant de Dieu ». Cette fois, plus de doute, il y aura un dingue, et du sang. C’est donc avec cette impression que j’ai commencé à le lire.

Alors, de quoi ça parle ?

« Leland est un pauvre type qui n’a pas vraiment de but dans la vie, il ère. Jusqu’au jour ou il se rend compte que tuer représente pas mal d’avantages… « 

Un peu court, mais efficace.

En vérité, c’est tout à fait ça. on retrouve bien ce personnage, un peu simple, mais pas handicapé, ou peut-être si, handicapé socialement, handicapé affectivement, paumé, en marge de la société, pauvre, à l’abandon, à la dérive même. On assiste à sa descente aux enfers. A son passage à l’acte. A son besoin de combler son manque affectif, mais sans savoir comment. A son envie d’avoir une famille, mais en s’y prenant n’importe comment.

Alors oui, il tue. Mais c’est au fond parce qu’il ne peut pas obtenir ce qu’il souhaite, et qu’il se voit arrivé dans un cul de sac, dans lequel il ne peut pas faire grand-chose.

La puissance de ce roman vient de cette non condamnation : Leland ne fait pas ça par méchanceté. Il accomplit ses meurtres comme pour appeler à l’aide. On a donc du mal à le détester. Pour autant, on le trouve un peu cinglé (enfin, tout lecteur normalement constitué).

Qu’en reste-t-il ?

Pas grand chose. Pris dans la psychologie d’un personnage effondré, tout passe sans vraiment être marquant. Il ne mange pas, ou peu, mais n’en souffre pas, ou peu. Il tue, mais n’y pense pas, ou peu. En vérité, il ne vit pas, ou peu.

Du coup, le lecteur finit un chouilla pour s’emmerder. Heureusement, le style de Cormac (d’où sort-il son prénom celui-là) donne un rythme entrainant. Et puis, quel plaisir de retrouver ce style, si original (même si je suis un peu déçu : j’avais imaginé qu’il avait inventé cette manière d’écrire pour « La route »… mais en fait non).

A noter : une ambiance très Far west. Bien que l’action se passe de nos jours (du moins il y a cinquante ans).

Faut-il le lire ?

Pour un auteur, se frotter au style de Cormac, est intéressant. Peu de mots, puissance d’évocation, rythme, dialogue, la gestion est technique et au service de l’histoire. On regrette juste que l’histoire soit si légère, et qu’elle ne laisse pas de souvenirs après la lecture.

Pour un lecteur, c’est divertissant, surtout si vous avez des goûts sexuels… comment dire… différents. Oui, voilà, différents.

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Ce cher Dexter – Jeff Lindsay

J’adore cette série. Du moins, j’ai gardé de la première saison un souvenir impérissable (oui, oui, je pèse mes mots dont j’ignore la définition). Je me souviens de ma rencontre avec ce serial killer gentil, ce psychopathe tiraillé par son envie de paraitre normal et son penchant au massacre. J’avais adhéré. Applaudit. Je m’étais même demandé pourquoi : Pourquoi n’y avais-je pas pensé avant ? Tout semblait si simple, si efficace, si addictif.

Puis j’ai vu que l’action se passait à Miami, et je me suis dit, du haut de ma Seine et Marne originelle, que non, je ne pouvais pas sérieusement inventer une histoire qui se passerait là-bas (et transposer Dexter à Melun, je ne suis pas sûr que ça aurait bien fonctionné).

Mais bref, qu’importe, tout ça pour dire qu’une fois la série vue, je me suis dit : « Et si je le lisais ! » (oui oui, je vous l’ai déjà dit, je me parle tout seul à moi même).

Donc pouf, pouf, Noël passe par là, on me l’offre, je le lis.

De quoi ça parle ? Inutile d’insister. Si vous ne connaissez pas Dexter, passez votre chemin manant ! Quittez ce site ! Ne me contactez jamais ! JAMAIS !

Faut-il le lire ?

Premier point : le style est classique. La narration est un peu lente. Dexter se pose beaucoup de question dans sa forme papier. Il s’en pose tellement, qu’il nous donne parfois l’impression de tourner en rond à l’intérieur de lui-même (posture délicate).

Second point : Il s’y passe moins de chose que dans la série. Les frangins ne se rencontrent que pour la scène finale. Pas de tension entre les deux. Ni de jeu. Juste des meurtres, comme des messages.

Troisième point : Vive Vince ! Définitivement le meilleur second rôle d’une série télé ! Même s’il apporte une touche comique un peu étrange… (vous vous rappelez de sa voiture ? ).

Au final : la série écrase le livre. Je dois reconnaître le travail du ou des scénaristes, qui ont su creuser ce manuscrit, qui fait office de brouillon, est formidable. Approfondie, plus dynamique, jouant plus sur la tension, minimisant l’introspection, la série est plus séduisante, plus percutante. Alors, autant il est intéressant de lire l’œuvre originelle, autant cette fois, elle est décevante. En est-il de même pour les autres livres ? Je n’en sais rien. Mais au sortir de ce premier tome, l’envie de les lire a disparu.

Je ne recommanderai la lecture de Jeff Lindsay qu’aux copycats, et aux FBDM de Dexter. Pour les autres, jetez-vous sur la saison 6, où à la fin, la soeur de Dexter meure.

(Mais non, je déconne).

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